mercredi 22 octobre 2008

L’UNESCO accueille l’exposition scientifique d’Iran.

Une exposition sur les performances de la recherche scientifique et technologique iranienne se tiendra au siège de l’UNESCO, à Paris du 2 au 6 février 2009.
Le directeur général des sciences, de la recherche et des technologies au département du ministère des relations publiques, Hashem Dadashpour, a été désigné par l’agence d’information de la République islamique d’Iran (INRA), pour annoncer que l’événement faisait partie du programme-anniversaire de la Révolution islamique de 1979.
La commission nationale iranienne de l’UNESCO, qui est affiliée au ministère, est le principal organisateur, ainsi que le responsable de la planification, et, bien évidemment, du versant politique de la tenue de l’événement.
L’accent à été mis sur le fait que tous les instituts, organisations, universités et centres de recherches et de technologie pouvaient soumettre les plus remarquables de leurs travaux de recherches au secrétariat de la commission nationale de l’UNESCO de sorte qu’ils soient présentés lors de l’événement. En d’autres termes, les vraies richesses scientifiques de l’Iran ont été invitées à être les outils au service d’une tentative de légitimation politique. Le prestige en parure pour l’anniversaire et le salut de l’actuel régime.
L’exposition cherchera à présenter les compétences scientifiques de l’Iran, ses performances en matière de recherches et de technologies, dans trois sections du système éducatif iranien : les sciences, à savoir les performances de la recherche à un niveau international, ainsi que dans des secteurs sur lesquels l’UNESCO a mis l’accent, tels que l’écologie, ou encore les problèmes de la jeunesse et des femmes, problèmes dont l’Iran est très au fait, à considérer la condition des femmes ainsi que les chiffres alarmants concernant la dérive de la jeunesse en matière de drogue, ou plus largement de conditions financières.
L’UNESCO est une organisation créée en 1954 avec pour but de promouvoir la paix et la sécurité dans le monde via une coopération internationale dans les champs éducatifs, scientifiques et culturels. Elle peut aussi être l’outil d’un travestissement de nombres de problèmes sous couvert d’une présentation édulcorée et éducative de la surface des activités du régime.

dimanche 12 octobre 2008

DES INTELLECTUELS KURDES DANS LES COULOIRS DE LA MORT EN IRAN

Ils s’appellent Adnan Hassanpour, Abdolvahed Hiva Botimar. Ils sont journalistes. Ils sont condamnés à mort pour « inimitié à l’égard de Dieu »1.
Ils s’appellent Farzad Kamangar, Ali Heydariyan, Farhad Vakili, Enwer Hüseyn Penahi et Erselan Ewliyayi. Ils sont professeurs. Ils sont condamnés à mort pour « inimitié à l’égard de Dieu ». D’ailleurs, un deuxième jugement l’a bien confirmé pour Enwer Hüseyn Penahi et Erselan Ewliyayi : ils sont bien des contradicteurs de Dieu.
Ces jugements ont bien respecté les normes internationales d’équité : pour exemple, le procès de Farzad Kamangar a duré un peu plus de cinq bonnes minutes.
La République islamique d’Iran est une démocratie. Le peuple nage dans une telle liberté d’opinion que les opposants politiques n’existent pas.
Pour exemple, pendant la révolte qui a secoué le pays en 1999, contre ce même Etat démocratique depuis 1979, l’acteur Payam Amini, grand acteur iranien révolté, avait dû être accusé pour « viol et meurtre de dames âgées ».
L’année 2008 est un grand millésime pour ce qui concerne les pendaisons. Plus de trois cent mises à mort en Iran en 2008, soit 26% des exécutions dans le monde : pendaisons, lapidations, sans compter le nombre aussi effrayant qu’arbitraire d’emprisonnements et de tortures. Pour les plus dangereux adversaires de Dieu, on peut même cumuler. Là encore, Ali Heydariyan et Farhad Vakili sont d’excellents exemples : avant de mourir, ils doivent purger une peine de dix, pour falsification de document. Il va sans dire que cela s’accompagne généralement de séances de torture. Ils ne devront leur mort qu’à leur prétendue opposition à Dieu. Cette qualification, spécialité iranienne, est une charmante étiquette allègrement collée sur le front de ceux qui ont - ou qui auraient pu, la présomption suffit, surtout si elle est du ressort de la sagesse des gardiens de la Révolution de Dieu – s’engager dans une lutte armée contre l’Etat2.
Pourquoi, aujourd’hui élever les voix ? Pourquoi n’avoir rien écrit, en France, quand Makwan Mouloud Zadeh, exemple parmi tant d’autres, a été condamné à mort, à 21 ans en août 2006 pour homosexualité ? Par panurgisme ? Pour suivre la vague des grèves de la faim qui traverse les communautés kurdes à travers l’Europe ? Nous écrivons aussi bien pour ces journalistes et professeurs que pour tous les futurs Makwan Mouloud Zadeh, mais si les plumes doivent noircir le papier aujourd’hui, c’est parce que ces condamnations incarnent trois travers de la justice iranienne. D’abord l’étouffement des cultures. Nos intellectuels sont kurdes, et se sont engagés dans la voie de la reconnaissance de cette identité en tant que telle. Ils sont des défenseurs d’une minorité culturelle sans cesse opprimée, tant en Iran (pour des raisons notamment religieuses : les kurdes sont généralement sunnites alors que la pseudo-théocratie iranienne est chiite) que dans les trois autres pays au sein desquels elle s’étend – Iraq, Turquie, Syrie – et puis, certains d’entre eux comme Farzad Kamangar défendent le droit des hommes et des femmes. Cette défense pourrait ébranler notre bel édifice construit sur les crânes inclinés et voilés des femmes, ainsi qui sur la peur faussement divine des hommes. Le dernier grand travers est certainement le plus complexe et le plus intéressant parce qu’il nous fait dépasser les frontières iraniennes : il s’agit de l’hypocrisie. Nos soldats en guerre contre Dieu sont les premiers pions condamnés pour l’exemple dans un contexte en fait géostratégique : les futures exécutions répondent à des accords entre Turquie et Iran. L’Iran a, en effet, récemment signé un accord de coopération sur les questions de sécurité avec Ankara. Cet accord consiste en fait à sous-traiter les bombardements des bases kurdes d’Iraq. Cet accord solidifie également la solidarité irano-turque dans sa volonté peureuse de la conservation de l’intégrité de leur territoire, volonté s’incarnant dans des manœuvres oppressives à l’égard des kurdes . L’intérêt des iraniens est bien évidemment orienté contre les américains qu’on désigne volontiers comme les soutiens tacites des membres de la guérilla kurde. Ali Larijani, le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale d’Iran, avait notamment dénoncé Washington comme étant l’adjuvant kurde dans le but d’affaiblir Téhéran, il y a quelques mois de cela. Tout ne serait qu’une question d’intérêts géostratégiques où se mêlent les fameux éléments de la trinité : terre, pétrole, et armement…
Les condamnations de ces intellectuels est d’autant plus révoltante qu’elles ouvrent la voie, si elles aboutissent, à bien d’autres exemples des performances politiques de l’Iran en matière d’arbitrage et de maquillage céleste des plus vils et plus profanes intérêts politiques. Si aujourd’hui, l’opinion internationale prend bien conscience de cela, si les institutions européennes et internationales s’élèvent, et cessent de ne montrer que de vagues velléités qui tiennent plus de considérations allusives que de réels engagements, ces jeunes kurdes pourraient peut-être être sauvés, et après eux, toute une génération qui pourraient faire les frais d’une politique qui tend à une lente légitimation grâce à l’autorisation tacite internationale.


1 Condamnés pour Mohareb.
2 Attention, on parle ici seulement de l’appellation. Pour autant, plus de cent délits sont passibles de la peine de mort en Iran, mort qu’on peut donner par pendaison, décapitation, lapidation, précipitation du haut d’une falaise… Les principaux délits sont « inimitié à l’égard de Dieu », trahison, meurtre, vol à main armée, homosexualité (« sodomie répétée ». Attention, la terminologie juridique, confrontée à des lobbies gay internationaux, emploie désormais le terme de « pédérastie » pour condamner les homosexuels ), adultère (féminin), trafic de drogue, prostitution (même si grand nombre de hautes autorités religieux sont bons clients), apostasie, et « troubles à l’ordre public » (ce qui n’est pas très défini…)