vendredi 18 février 2011

L’Iran dans l’actuel chaos arabe : explications



http://www.youtube.com/watch?v=owzxG6lW0lg&featu


(manifestation du 14 février 2011/râh peimâi ye 25 bahman)



Une hécatombe. Voilà le terme qui semble le mieux définir les aspirations aux renversements politiques dans l’actualité du monde arabe. Après les scènes de liesses générées par le départ des présidents tunisien et égyptien, la Lybie se soulève ainsi que le Bahreïn et le Yémen. Les raisons de la colère ? Très grossièrement, cela pourrait se réduire à un habituel écart de richesse et de puissance entre une famille royale tentaculaire bien armée et un peuple qui commence à exploser face à cet écart. Pour ce qui concerne le Bahreïn, un autre paramètre est à considérer, ce qui doit d’ailleurs nous exhorter à ne pas ranger la colère de ce petit Etat de 678 km² avec celle de peuples victorieux face aux « présidences » à rallonge tunisienne ou égyptienne. Le Bahreïn, c’est aussi le théâtre d’un choc religieux mettant de l’huile sur les feux sociaux et politiques et attisant les positionnements des pays du Golfe… comme par exemple celui de l’Iran.


Souvenons-nous du sort du pouvoir iraqien après la chute de Saddam : les américains, en vue d’affaiblir le pouvoir, on généreusement offert la direction du pays aux chiites. Bahreïn fait partie de ces pays musulmans du Golfe qui comptent une minorité chiite redoutée. A considérer que les manifestants chiites du Bahreïn l’emportent, les Etats sunnites voisins de la péninsule comptant eux aussi une minorité chiite encourent le risque d’être confrontés aux mêmes problèmes de soulèvements. Cela pourrait, par exemple, être le cas en Arabie Saoudite où les chiites, pourtant minoritaires, sont très présents sur les régions pétrolières.


Les monarchies frémissent… il semblait évident, dans un tel contexte, que la République islamique rappelée à ses aspirations premières de diffusion révolutionnaire anti-impérialiste et antimonarchiste se réjouisse d’un tel embrasement. Seulement ce décalage entre la République islamique, fidèle à son identité politique, et les présentes aspirations du peuple iranien, fait de l’actualité iranienne une mascarade qui amuse toute la galerie internationale : d’un côté, un gouvernement iranien qui salue chaleureusement les victoires populaires du monde arabe sur leurs dirigeants, et de l’autre, une population qui profite des ivresses régionales pour manifester… et se confronter à une répression iranienne armée plus violente peut-être que dans les pays que le régime iranien a pourtant salués. Ce souffle démocratique qui embrase la population golfienne aura d’ailleurs un autre effet surprenant : USA et République islamique se soutiennent face à Manama, capitale bahreïni. La peur qui anime les dirigeants monarchistes a poussé les ministres des affaires étrangères des terres tremblantes à organiser une réunion extraordinaire dans la capitale bahreïnie, réunion ayant pour but principal l’officialisation d’une volonté de s’élever systématiquement devant toute éventuelle ingérence étrangère en soutien à la population rebelle. L’Iran était évidemment visé pour ce qui concerne toute éventuelle volonté d’aider les populations à un renversement en vue d’instaurer un régime théocratique, et avec l’Etat perse, étaient aussi visés l’occident et les Etats-Unis, dont on redoute une aide à la population en vue d’installer une démocratie à l’occidentale (et d’éventuels points d’ancrage facilitant l’accès au pétrole). Face aux déclarations des ministres des monarchies, l’Iran et les Etats-Unis répondent d’une même voix : le gouvernement iranien appelle le pouvoir bahreïni à « tenir compte des demandes de la population », et Barack Obama se déclare « opposé à l’usage de la violence par le gouvernement de Bahreïn ».


Alors il est vrai qu’il ne semblait pas si incohérent que les Etats-Unis se rangent du côté de manifestants muent par des aspirations démocratiques dont l’occident se fait généralement le défenseur, et ce malgré un lien indiscutable avec le pouvoir égyptien dans la région par exemple. Mais cela va plus loin, les Etats-unis pensent bien évidemment à leurs intérêts, et ceux-ci ne sauraient se reconnaître dans l’idée d’une OPA lancée par l’Iran sur le soulèvement bahreïni alors que le petit Etat abrite le siège de leur flotte et que certains de leurs bâtiments de mission y ont leur port d’attache.


Bahreïn, Tunisie, Egypte, même combat ? Non, absolument pas. Derrière les apparentes sympathies aux manifestants des uns et des autres se cache un épicentre géostratégique insoupçonné.


Au-delà de cela, les mouvements internes qui secouent l’Iran, sont-ils à comparer aux phénomènes qui agitent le monde arabe ? Non, évidemment. L’Iran se soulève depuis de nombreuses années, et de façon plus virulente et plus médiatisée, depuis la crise postélectorale de 2009. Les actuelles manifestations arabes ne sont pas un élément déclencheur ou générateur de lucidité, mais plutôt une brèche médiatique dont la population iranienne a eu l’intelligence de se servir. Si ce n’est idéologiquement pas comparable, pourquoi en parler ? Bien, parce que l’heure est grave pour le régime : les initiateurs verts dont les figures s’incarnent encore en Karoubi et Moussavi sont officiellement en résidence surveillée, les forces de répression déployées dans les rues, et une incapacité de l’Etat à répondre aux provocations récentes de Karoubi qui le défie de procéder à un procès public… et mieux, l’information circule depuis quelques heures : un papier aurait été signé par plusieurs dignitaires des forces Sepah déclarant qu’aucune réponse violente ne sera adressée aux futurs soulèvements populaires. Grande première ! Et ce même si les Sepah ne sont pas la seule force capable de réprimer les révoltes dans le sang, puisque le gouvernement peut encore compter sur le Bassidj… mais l’initiative n’est pas sans rappeler le rôle décisif de la position des armées égyptiennes dans le renversement du régime. Cela tombe, qui plus est, à quelques jours d’une grande manifestation prévue par le peuple iranien, et d’une grande contre-manifestation prévue par le gouvernement : « la manifestation de la haine ». Le pouvoir entend en quelque sorte punir le manque de discernement d’un peuple qui aura manifesté en faveur des aspirations démocratiques des égyptiens et non au nom d’une diffusion de l’idéologie sur laquelle repose l’actuel régime iranien. Suite à l’invasion des rues iraniennes par la population lundi dernier, les conservateurs ont tout bonnement exigé la pendaison pour Moussavi et Karoubi. Deux cent vingt-trois députés sur deux- cent quatre-vingt-dix ont signé un papier revendiquant le droit d'infliger « la plus sévère punition » aux deux hommes. Malheureusement ou heureusement, Larijani, président du parlement, a, comme à son habitude, hautement décrédibilisé les aspirations répressives du régime par sa sempiternelle et caricaturale litanie surréaliste : les manifestations du lundi étaient « des actions américano-sionistes antirévolutionnaires et antinationale ». L’Assemblée des experts, toujours prête à enfoncer plus encore Larijani dans son manque de crédibilité, a ajouté qu’il y avait un « devoir religieux, politique et révolutionnaire à défendre l’islam sacré ». Bref, la stratégie du régime s’ancre dans ses modes opératoires traditionnels : la répression. Mais jusqu’à quand ? Actuellement, la population attend avec impatience de savoir si un pas a réellement été fait avec cette signature de dignitaires du Sepah dont on guette l’officialisation. Si tel est effectivement le cas, le visage répressif du régime iranien aura réellement subit une transformation quasi-chirurgicale, et les espoirs de 2009 pourront ainsi se teinter à nouveau de crédibilité.

samedi 5 février 2011

Iran/Israël : pourquoi la guerre n’aura pas lieu ?

La guerre, tout le monde y pense. Aujourd’hui, dans l’opinion commune, s’il est une guerre à craindre, voire à prévoir, c’est bien une guerre avec l’Iran. Israël semble bien évidemment être l’adverse idéal : entre provocations récurrentes d’un gouvernement iranien désireux de « rayer l’Etat hébreu de la carte », et rupture officielle toute forme de communication avec la « فلسطین اشغالی », « felestin-e eshghali », la « Palestine occupée », Israël incarne, depuis 1979, plus qu’une cible pour l’Iran, mais une véritable ligne de conduite politique : l’antisionisme. Mais attention : l’hypothèse d’une guerre avec d’autres pays qu’Israël n’étonnerait pas non plus la scène internationale. Redoutent l’armement nucléaire de l’Iran, les Etats-Unis, et derrière eux, les pays de l’Union Européenne de façon plus indirecte, mais aussi les monarchies arabes sunnites. En fait, à y regarder de plus près, même si l’Iran a des alliés, étrangement aucun pays – pas même le Liban – ne souhaite voir l’Etat perse doté de l’arsenal nucléaire ; et les pays qui semblaient les moins réticents à l’idée d’un Iran nucléarisé, notamment au cours du périple de pourparlers internationaux, comme la Russie et la Chine, n’y voient d’autre intérêt qu’un argument économique de taille, et une certaine sérénité du fait de distances géographiques et stratégiques de l’éventuel terrain de jeu de guerre.
Alors pourquoi ce titre ? Pourquoi la guerre entre l’Iran et Israël n’aura pas lieu ? A considérer les points géostratégiques les plus élémentaires, c’est chose sure, une telle guerre ne peut concrètement voir le jour. Et si tel n’avait pas été le cas, aux vues du mûrissement positionnelle des deux pays, cela fait bien longtemps que le conflit aurait éclaté. Attention, ce dont nous essayons de démontrer l’impossibilité ici, ne concerne que l’hypothèse d’une guerre directe entre Israël et l’Iran. Cela n’effacera pas la piste d’un conflit indirect ou plus complexe du fait d’alliances éventuelles.

D’abord, observons les choses suivantes : il y a un peu plus de 1600 kilomètres entre l’Iran et Israël, de plus Israël possède l’arme nucléaire et applique la politique de la doctrine Begin. Begin, homme politique Israélien, a été à l’initiative, dans les années 80, d’une doctrine reposant sur le principe suivant : « ہA aucun prix, Israël ne permettra à un ennemi de développer des armes de destruction massive qu'il pourrait utiliser contre notre peuple ». Le bombardement à l’initiative de Menahem Begin entrepris en 1981 contre les installations nucléaires d’Osirak, en Iraq, a inauguré cette politique et a d’ailleurs débouché sur les résultats escomptés : une cessation de l’activité nucléaire iraqienne. Forcément, dans le cadre de cette politique systématique (la Syrie en aura d’ailleurs également fait les frais…), il est clair que les prétentions iraniennes concernant la nucléarisation n’ont d’autres perspectives que de se voir étouffées par des bombardements, ou pire, l’éventualité d’une déclaration de guerre. Le gel des réseaux informatiques des installations nucléaires iraniennes par le virus Stuxnet, dont l’inoculation est très largement attribuée aux services du Mossad ou à une branche de l'armée israélienne, sans que nous en ayons une preuve concrète et indiscutable, semble d’ailleurs aller dans le sens de l’idée d’offensive, offensive moderne via des moyens substituant le numérique au physique.







L’attaque préventive n’est donc pas une éventualité à mettre de côté. Pour ce faire, il faudrait bombarder les différents pôles de nucléarisation du pays qu’on localise désormais de façon précise sur le territoire iranien :




Voici les trois passages possibles :
· Le premier, le plus direct, nécessiterait de traverser les cieux de la Jordanie et de l’Iraq. Mais, le problème réside dans le fait qu’Israël a signé, en 1994, un traité de paix avec la Jordanie, rendant impossible toute opération aérienne survolant le pays.
· Le passage sud, passant toujours par la Jordanie, pose exactement le même problème.
· Le passage nord, le plus long et donc le plus facile à repérer, implique de croiser le carrefour kurde en longeant les frontières turque, iraqienne et syrienne. A ce niveau là, aucun problème de traité de paix ne viendrait contrarier l’opération. Où réside donc la difficulté ? Comme nous venons de le dire, cette route est la plus repérable, donc l’armée israélienne, pour parvenir à ses fins, devrait utiliser un puissant matériel de brouillage pour une centaine d’avions – nombre nécessaire à un bombardement efficace des centrales. Il va de soi que si l’opération n’est pas impossible, elle est du moins extrêmement risquée, d’autant qu’une fois arrivée dans les airs iraniens, l’armée israélienne se verrait confrontée à un excellent arsenal de terre iranien notamment composé du crotale français, et à 158 avions de combats qui pourraient se voir mis en difficulté certes, par l’aviation israélienne plus puissante, mais qui pourraient sans problème aucun du moins mettre à mal l’opération elle-même.



Pour toucher ces installations, géo-stratégiquement il n’existe que trois couloirs aériens entre Israël et l’Iran, et chacun de ces couloirs trouveraient leur emprunt irréalisable du fait de conventions entre pays dont l’outre-passement serait non-seulement catastrophique, mais quasiment impossible.
Cela étant dit, demeure un autre problème qui ressemble étrangement au mystère de la nucléarisation de l’Iran lui-même : l’hypothèse de la possession du système anti-aérien SA12. En effet, les pourparlers secrets avec les russes posent la question, sur la scène internationale, de l’éventuelle acquisition par l’Iran de cette technologie. Dans le doute, l’armée israélienne ne saurait prendre le risque de ce troisième couloir, au risque d’entreprendre un manœuvre kamikaze totalement stérile.
Autre solution ? Le contact totalement indirect qu’offre l’alternative du missile, le fameux Jéricho 3. Les stratèges sont formels : il faudrait 42 de ces missiles pour détruire les installations iraniennes… mais malheureusement pas uniquement ces installations : la région entière pourrait être anéantie, et l’option ne saurait être rationnellement envisagée. Mais imaginons que la raison ne gouverne plus les manœuvres et que la perspective soit effectivement envisagée, quelles conséquences ?
Comme on le sait, une des plus grandes installations, celle qui devrait en premier lieu retenir l’attention des entreprises israélienne, est l’installation de Bouchehr. Si ce pôle venait à être touché, les retombées radioactives seraient monumentales et ne toucheraient pas uniquement la population iranienne mais également les populations des pays alentours. Soit, poussons l’hypothèse jusqu’au bout et imaginons que ces conséquences ne dissuadent pas – ce qui est impensable – l’armée israélienne d’entreprendre cette manœuvre. L’Iran, en représailles, n’aurait d’autre choix que d’user de missiles à longue portée recouvrant un périmètre comprenant le petit Etat d’Israël, sachant qu’Israël a en sa possession un détecteur puissant de missile récemment vendu par les américains. Si l’allié libanais prend le partie d’aider l’Iran, ce qui est une évidence absolue, l’Etat major israélien serait effectivement mis en très grande difficulté.



De plus, une telle entreprise ne ferait que motiver plus l’Iran de s’investir encore dans sa nucléarisation pour sanctuariser son territoire. Une raison de plus de ne pas aboutir au paradoxe suivant : attaquer pour empêcher une nucléarisation qui ne ferait qu’engager toutes les forces du pays à orienter leur politique vers une nucléarisation massive et ainsi légitimée.
Malheureusement pour les pays arabes qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire, se réjouissent du monopole nucléaire israélien dans la région, une attaque israélienne est une éventualité qui flirte avec l’utopie stratégique. Les pays arabes, au nom de leur propre sécurité et de la crainte d’une course à la nucléarisation dans la région, aimeraient voir Israël se salir les mains à leur place.
D’un autre côté, à imaginer que l’offensive vienne de l’Iran et non d’Israël, plusieurs paramètres dissuasifs sont à considérer : d’abord, les problèmes politiques internes qui colorent la vie iranienne depuis 2009 de façon plus sensible, ensuite, la certitude qu’une offensive rallierait les Etats-Unis et l’Europe à la défense israélienne, ralliement auquel l’Iran ne saurait absolument pas faire face, et enfin, l’idée selon laquelle toute l’identité politique iranienne bâtie sur l’antisionisme n’existerait plus si l’ennemie coextensif à son existence même venait à disparaître…
L’Iran est dans l’impasse : entre volonté indiscutable de poursuivre son programme de nucléarisation et mise en difficulté découlant de cette ambition, l’Iran pourrait – mais l’idée est presque utopique – éventuellement monnayer une cessation de l’enrichissement d’uranium ce qui lui permettrait d’unie une population hostile au régime contre les méchants comploteurs de la scène internationale, contre l’exigence d’une surveillance internationale des manœuvres politiques israélienne, ce qui, bien évidemment, serait refusé en bloc, par l’Etat hébreu.