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L’importance de la figure de l’Imâm dans le chiisme, et son détournement politique contemporain (2/2)

Amélie Chelly

Focalisons à présent notre attention sur le Guide. Khomeiny n’avait pas « Imâm » pour unique appellation. L’établissement, l’institutionnalisation de la République islamique, a bien évidemment entraîné une officialisation des attributions du Guide ainsi qu’une détermination de son pouvoir au sein des institutions, et le terme d’Imâm ne constitue pas un titre nécessaire à l’exercice de ce pouvoir. D’ailleurs le terme ne figure pas dans la Constitution. Il n’a officiellement été attribué qu’à R. Khomeiny, même si très récemment la question s’est posée concernant Ali Khamenei1. Dans la Constitution de 1979, c’est le terme de رهبر, rahbar, qui est employé, ou de ولی فقیه, vali ye faghih (littéralement « gardien de la jurisprudence » en sachant qu’il y a la notion de « tutelle » dans le mot « vali » qu’on traduit par « gardien »).
Nous pencher sur une considération linguistique nous sera là encore d’un grand intérêt pour saisir l’étendue de l’idée de cette sécularisation ratée du chiisme, ici à travers la figure de l’Imâm : Rahbar veut dire guide, littéralement, mais le titre entier et conventionnellement admis de celui qu’on nomme « guide suprême » en français est رهبر معظم « rahbar-e moazzam » (moazzam pouvant être traduit par « très respecté »). Mais ce dernier terme n’est en quelque sorte qu’honorifique. Il s’agit bien plus d’une marque de respect empreint d’une teinte religieuse que d’une attribution officielle et constitutionnelle. L’autre titre complet figurant dans la constitution est رهبر انقلاﺏ « Rahbar-e enghelâb », littéralement « guide de la révolution ». Il s’agit d’un titre bien inscrit dans le siècle, doublement inscrit dans le siècle pour ainsi dire, puisqu’il contient dans sa chair linguistique les idées de fait de l’homme (انقلاﺏ enghelâb, révolution, c’est-à-dire changement radical et humain de personnel politique, et des institutions, entrant en contradiction avec le chiisme traditionnel qui prône l’attentisme comme seule position politique louable pour le fidèle), et d’événement historique et donc séculier marquant un nouveau point de départ : la révolution trouve ses gardiens armés, les سپاه پاسداران انقلاب اسلامی sepah-e pasdaran-e enghelâb-e eslami (gardiens de la révolution islamique2) ce qui prouve que nous sommes à un stade proprement humain et proprement historique, puisque l’armée a pour but le maintien d’un ordre historique nouveau, ordre qui, s’il n’était pas officiellement teinté d’une volonté déjà théocratique, pourrait remplir tous les critères de ce que Raymond Aaron (et plus récemment Marcel Gauchet) nomme une religion séculière : « Je propose d’appeler religion séculières les doctrines qui prennent dans les âmes de nos contemporains la place de la foi évanouie et situent ici-bas, dans le lointain de l’avenir, sous la forme d’un ordre social à créer, le salut de l’humanité »3. Il peut paraître surprenant de rapprocher la République islamique, régime aux aspirations théocratiques, d’un ordre nouveau dont on essaie de montrer la continuité structurellement issue de la religion dans une discontinuité en apparence non-religieuse. De ce point de vue, rompre, c’est en quelque sorte continuer autrement, or la religion n’admet pas l’altérité en son sein, mais seulement l’immuabilité. Telle est la définition même du dogme : une vérité considérée comme incontestable en tout temps, en tout lieu, dont la remise en question est sacrilège, et l’effet d’une telle remise à cause désubstantialisante. Dans le cas de l’établissement de la République islamique de 1979, l’aspiration théocratique contredit la religion en dénaturant la posture traditionnellement attentiste du fidèle, mais s’accorde avec l’idée de religion séculière qui tient pourtant sa définition d’un effacement de la religion traditionnelle au profit de la sacralisation d’éléments autrefois profanes : a. nous avons un changement (historique révolutionnaire ainsi que conceptuel dans l’interprétation religieuse moderne), b. un objectif sacralisé de cette instauration politique qui définit une frontière nouvelle entre le Bien et le Mal : dans le cas de la République islamique, le Bien moral est plus défini par le politique que par le religieux, puisque la Constitution dicte en premier lieu, et en autorité première, que le Bien est l’application de la Charia4. C’est politiquement encore, que le Bien et le Mal se définissent aussi culturellement et géographiquement. Les discours politiques iraniens bipolarisent le monde entre un Occident qui incarne le Mal dans son essence (Israël et son allié américain constituant le grand Satan, ou encore la mère du grand Satan et le grand Satan lui-même, et le petit Satan trouve tour à tour son incarnation dans le Royaume-Unis, la France pour ses liens économiques avec Israël et ses vieux liens avec l’Iraq, ou encore l’Australie et le Canada, amis des États-Unis). La République islamique s’inscrit dans la perspective d’attente du Mahdi en imposant un Etat de Bien (la République islamique elle-même), contre une culture du Mal. Autrement dit, la République islamique, dans ses fondements, ne doit son existence que par négation : sa raison d’être s’incarne dans une confrontation pure, simple et décrétée sainte, au Mal. En d’autres termes, et aussi surprenante et pourtant fidèle que puisse être la formulation, l’actuel régime iranien est coextensif à l’existence d’Israël, des Etats-Unis, et plus largement de l’Occident… A considérer l’éventualité d’une guerre entre le « Bien » et le « Mal », peu importe l’issue, le « Bien » serait toujours le vaincu puisque, dans le présent cas, il ne tire sa réalité que du Mal, et périrait donc avec lui à considérer la victoire du « Bien » sur le « Mal ». c. Au même titre que les anciennes religions, le nouvel ordre de la sacralisation du régime interprète le monde, et donne son sens à la réalité. Un sens admis comme étant le seul épousant parfaitement les contours du réel, le seul à en être l’adéquation absolue. « Comme les anciens dogmes, elles – les doctrines séculières – donnent ‘une interprétation globale du monde’, expliquent les catastrophes présentes et décrivent l’état futur de l’humanité sauvée »5. Cette formulation éclairante de Jean-Pierre Sironneau nous permet de mettre en évidence un lien avec notre précédente remarque (b) : la vision du monde qu’érige la République islamique est une inscription de croyances atemporelles – les temps religieusement parfaits de l’arrivée de Mahdi succédant à une apocalypse où règnent le vice et l’indistinction6 - dans le siècle : rappelons que la légitimité de l’existence de la République islamique repose sur la volonté d’être un îlot de moral et de droiture, dans un monde de vice détourné du droit chemin. Dans ces conditions, tous les coups du destin, les crises économiques ou politiques que rencontre le pays sont toujours rangés dans la grille de lecture manichéenne érigée par l’idéologie du régime : il s’agit de l’œuvre du Mal, et donc, de l’Occident, Occident qui, à l’heure de l’avènement des temps du Mahdi, disparaîtra au profit d’un monde définitivement musulman, où règneront, de façon consentie, les lois de l’Islam. Enfin, d. les actions collectives au service d’un Etat considéré comme porteur de valeurs absolues sont exaltées. L’ultra-patriotisme (donc la sphère du politique) a par exemple redéfinit le concept religieux de martyre, lors de la guerre Iran/Iraq notamment. Téhéran est désormais un immense cimetière : un nombre impressionnant de rues ont été rebaptisées du nom des martyrs de cette guerre (le terme de martyre est d’ailleurs très contestable dans ce cadre d’un point de vue religieux traditionnel). L’Etat a renversé un ordre religieux, l’a politisé, pour finalement le sacraliser. Nous sommes totalement dans l’angle de vue d’une sécularisation par le détournement politique du religieux, et dans le concept de religion séculière cachée puisque ce détournement politique est ensuite sacralisé. La seule différence consiste en ce que, en République islamique d’Iran, la chose est ainsi établie « au nom de Dieu ». La figure du martyre, s’incarne désormais dans le Bassidj7. Il n’est qu’un exemple parmi d’autres, répondant à l’exigence de cette caractéristique de la religion séculière, mais il est certainement l’exemple le plus probant et le plus observable : Le bassidj s’encre, au même titre que l’aspect théocratique du régime lui-même, dans un renversement religieusement illégitime d’un symbole pourtant religieux. Le sociologue Farhad Khosrokhavar met en lumière ce renversement social animé par un jeu de politisation en aval et de sacralisation en amont:

« Pour la première fois, en ce qui concerne la jeunesse urbaine en voie de modernisation, l'appel se trouve lancé pour qu'elle devienne sujet de l'Histoire plutôt que réceptacle passif et éploré d'un monde injuste [en s’enrôlant dans le Bassidj]. Combiné à la version ambivalente que donne Khomeyni d'un chiisme politique, cet appel est l'un des leit-motifs qui mobilisent les jeunes contre le régime pahlavi. On est face à une politisation du Sacré, qui demeurera, jusqu'au bout, l'une des caractéristiques essentielles des martyrs de la révolution »8



La figure du guide associée à celle de l’Imâm aux petites heures de la République islamique est l’incarnation implicite d’un décharnement religieux, de son détournement politique, et de sa « re-sacralisation » pour donner une légitimité d’appoint aux volontés théocratiques du régime ; et comme l’Imâm est l’artère jugulaire du chiisme, il est évident que son incarnation soit le centre d’un système de velâyat-e faqih, système du gouvernement du docte, système dont le rahbar, également appelé le valiy-e faqih, est le centre.










1 En avril 2010, une conférence intitulée « چرا باید بگوییم "امام خامنه ای" ؟ » (Tcherâ bâyad beguyim « Emâm Khamenei » ?) « Pourquoi doit-on dire “Imâm Khamenei” ? » a été donnée à Téhéran par Mohammad Ali Ramin, analyste politique, conseiller de Mahmoud Ahmadinejad et intendant du Ministre de la culture et de la Presse en République Islamique (وزیر فرهنگ و ارشاد اسلامی vazir farhang va ershad e eslami). Cet homme chargé de l’organisation de l’International Conference to review the Global Vision of the Holocaust oeuvre dans le cadre d’un movement nouveau vers l’officialisation de l’attribution du titre d’Imâm pour Ali Khamenei. Plus récemment encore, en août 2010, le satellite libanais de la République islamique, Hassan Nasrallah, lors d’une intervention télévisée annonce : « حسن نصرالله : امام خامنه ای همان راه امام راه بعد از رحلت ایشان ادامه دادند » (« Emâm Khâmenei hamân râh e emâm râh ba’ad az rehlat ishân edâmeh dâdand »). « L’imâm Khamenei suit le même chemin que l’Imâm (Khomeiny) après sa mort ». L’intervention a très largement été diffusée par Fars News, journal attaché au régime.
2 Les Sepah-e Pasdaran-e Enghelāb-e Islami, - les pasdarans - la garde prétorienne de la République islamique. Force terrestre, maritime et aérienne de la République islamique, séparée de l'armée régulière en lui étant parallèle. Cette force est directement placée sous l’autorité du Rahbar.
3 ARON Raymond, L’âge des empires et l’avenir de la France (éditions Défense de la France, Paris 1946), p. 288.
4 Le régime est le fruit d’un pacte social scellé lors de la Révolution dans le but d’assigner aux hommes (aux citoyens) la réalisation de la charia. Donc, la Constitution est la norme suprême en République Islamique, mais celle-ci est tournée vers la réalisation d’un objectif consistant en l’application de la charia. La Constitution est un outil au service de la sharia dont le garant est le Rahbar.
5 SIRONNEAU, Jean-Pierre, Sécularisation et religions politiques, La Haye, Mouton, 1982, p. 205.
6 Parmi les très nombreux signes majeurs et mineurs de l’arrivée de l’apocalypse (en arabe آخر الزمان âkhar alzamâm), on compte le vice généralisé, et l’accent mis sur le règne de l’argent au détriment des grandes valeurs, et sur une indistinction observable entre hommes et femmes. Cette indistinction est très imprégnée de l’idée d’homosexualité considérée comme perversion Pour décrire ces temps de déchéance, l’Imam al-Sâdiq, le Messager d’Allah dit: « Les gens connaîtront une époque où le pouvoir ne s’obtient que par le meurtre et la tyrannie, la richesse que par l’usurpation et l’avarice, l’amour que par l’abandon de la religion et la soumission à la passion. Quiconque atteindra cette époque et acceptera alors d’endurer la pauvreté tout en pouvant obtenir la richesse, de supporter la haine tout en pouvant le remplacer par l’amour, et de patienter devant l’humiliation tout en pouvant gagner l’honorabilité, Allah le gratifiera de la récompense spirituelle décernée à cinquante véridiques qui ont cru en moi » (Al-Kâfî, tome 2, p. 91, Bâb: Al-Sabr, h. 12). Il est aussi dit :
1-اذا استغنى النّساء بالنساء والرّجال بالرّجال فبشّرهم بريح حمراء تخرج من الشرق فيمسخ بعضهم و يخسف ببعض ذلك بما عصوا وكانوا معتدين (مصدر سني) 2- و رايت الفسق قد ظهر واكتفى الرجال بالرجال والنساء بالنساء ....ورايت النساء يتزوجن النساء ....ورايت الرجال يتسمّنون للرجال والنساء للنساء ، ورايت الرجل معيشته من دبره ومعيشة المراَة من فرجها، ورايت النساء يتخذن المجالس كما يتخذها الرجال....ورايت المراَة تصانع زوجها على نكاح الرجال، ورايت اكثر الناس وخير بيت من يساعد النساء على فسقهن ... ورايت الرجل يعير على اتيان النساء، ورايت الرجل ياكل من كسب امراته من الفجور يعلم ذلك ويقيم عليه، ورايت المراة تقهر زوجها وتعمل ما لا يشتهي وتنفق على زوجها، ورايت الرجل يكري امرأته وجاريته ويرضى بالدنى من الطعام والشراب..... ورايت النساء يبذلن انفسهن لأهل الكفر (عن الامام الصادق –ع)
Traduit de l’arabe : 1- « Lorsque les femmes se contenteront d’autres femmes (comme partenaires) et les hommes d’autres hommes, annonce-leur l’avènement d’un vent qui soufflera de l’orient et qui déformera les uns et en fera engloutir les autres, en punition de leurs péchés et de leur transgression » (« Kanz al-‘Ummâl », tome 14, p. 236) 2-L’Imam al-Sâdiq parlant de la fin du temps dit : « Je revois la perversion émerger, les hommes se contenter des hommes et les femmes des femmes…. Je revois les femmes épouser des femmes…et je revois les hommes cultiver leur embonpoint pour plaire aux hommes et des femmes qui font de même pour plaire aux femmes. Je revois les hommes vivre de leur derrière, et les femmes de leur vagin. Je revois les femmes s’asseoir comme les hommes….. Je revois la femme offrir des dessous-de-table à son mari pour qu’il la laisse faire commerce de ses charmes avec les hommes. Je revois la plupart des hommes et la meilleure famille aider les femmes dans leur perversion…. Je revois comment on reproche à un homme de s’accoupler avec sa femme. Je revois l’homme vivre du gain de sa femme, gain obtenu grâce à sa prostitution, alors qu’il le sait et s’en accommode. Je revois la femme dominer l’homme, faire ce qu’il n’aime pas et l’entretenir. Je revois l’homme louer sa femme et sa servante et accepter les pires mangers et boires…. et je revois les femmes se donner aux mécréants » (L’Imam al-Sâdiq (p), “Rawdhat al-Kâfî”, Tome 8, p. 38).
7 Il s’agit d’une force armée a été fondée par Khomeiny en novembre 1979. Il s'agissait de fournir des jeunes (entre 12 et 22 ans) volontaires du peuple (les campagnes d'enrôlement étaient, il faut le noter, extrêmement soutenues) aux troupes d'élite pendant la guerre Iran-Iraq. Après la guerre, il a fallu reconvertir cette force armée qui devient désormais une branche des gardiens de la révolution. Des militaires théoriquement mobilisés en vue de maintenir le régime dans sa prime jeunesse et encore aujourd'hui dans sa déstabilisation par les masses populaires.
8 KHOSROKHAVAR Farhad, « Le modèle bassidji » (Partie 1) in Cultures & Conflits n°28 (1998), Harmattan, pp. 59-77.

Commentaires

Anonyme a dit…
Enfin un nouvel extrait !
benlysandre a dit…
Ouiii enfin un nouvel extrait, qui me donne bien sur encore davantage envie de lire ton roman chere setare
setare a dit…
chose promise, chose due !
Anonyme a dit…
Ça sort d'abord en turc ou en français ?
Anonyme a dit…
Bonjour je vous fais part d'une chanson comique sur la consommataion de Vodka en Iran!
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=FQ6_aM4kdAU&hd=1
Anonyme a dit…
Fate, it seems, is not without a sense of irony! What about a Pashto translation? Just to mix it up a bit?!

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